Jean Proriol - Député de Haute-Loire - Maire de Beauzac - Membre du Conseil régional d’Auvergne
Présentez vous.
J’ai connu très tôt la passion de la politique. En 1962, à seulement vingt huit ans, j’ai succédé à mon père comme maire de ma commune natale de Beauzac (moins de 3000 habitants) en Haute-Loire. Promu à une carrière dans le monde de l’entreprise (j’y ai consacré dix années), jeune diplômé de droit (université de Lyon) et d’études commerciales (HEC), je n’ai depuis lors plus quitté le monde politique : comme conseiller général, puis comme Conseiller Régional d’Auvergne au titre de vice-président en charge du développement économique de 1986 à 2004. Après un passage au sénat en 1974, je suis entré quatre ans plus tard à l’Assemblée nationale, élu de la circonscription le Puy – Brioude. Membre à l’Assemblée de la Commission des Affaires économiques dont je suis actuellement l’un des vice-présidents, je me suis investi à maintes reprises sur les dossiers agricoles, le commerce et l’artisanat, les questions énergétiques, les collectivités locales et les problèmes de logement et d’urbanisme. Européen convaincu (ayant siégé au Comité des régions de l’Union européenne), je n’oublie jamais mes attaches de la moyenne montagne en oeuvrant pour l’attractivité des territoires et le développement d’infrastructures dans les zones encore insuffisamment desservies.
Quel a été votre premier contact avec le monde associatif ?
Comme joueur à l’association sportive de Beauzac section football dès 1950, et comme musicien à la fanfare de rue de la Commune dans les années 50.
Pourriez-vous nous parler de votre expérience dans le monde associatif ?
Très logiquement, mes activités politiques m’ont porté à m’investir au sein d’associations d’élus qui oeuvrent pour promouvoir des thématiques ou des intérêts spécifiques. Ainsi, j’ai été élu président de l’association départementale des maires de France depuis 1979 (AMF). J’ai aussi œuvré pour que la région Auvergne adhère à l’Association des régions de France (ARF). Je suis également membre de l’association nationale des élus de montagne (ANEM), qui a beaucoup travaillé, rompant avec les clivages politiques classiques, pour faire accepter au Parlement une adaptation des dispositifs nationaux aux spécificités de la moyenne et de la haute montagne. Mais mon engagement associatif ne se limite heureusement pas à ces seules formations. Mon parcours personnel et mes centres d’intérêts, ma vision des hommes aussi, m’ont poussé à m’engager au sein d’associations apolitiques. Ancien combattant de la guerre d’Algérie je fais ainsi partie d’une association des anciens AFN (CATM). Soucieux d’améliorer le service public des transports, de dynamiser nos infrastructures j’ai également adhéré à Avenirs transports qui organise des rencontres sur ce thème. Elle se veut également force de propositions et regroupe des élus et des professionnels intéressés par ces problématiques. Je n’oublie jamais de soutenir les actions de mon amie Françoise Hostalier au sein de l’association qu’elle a montée pour la défense des droits de l’homme. Nous signons des pétitions, attirons l’attention des pouvoirs publics et des médias sur des situations que nous jugeons intolérables et que nous dénonçons. Enfin, je préside une association loi de 1901 qui gère une maison de retraite.
En quoi celle-ci a-t’elle influencé votre engagement dans la vie politique ? Comment ?
Nécessairement, l’engagement associatif oblige à changer le prisme, de regard. Une question dont les convictions politiques appelleraient à tel jugement ou tel choix, peut être reconsidérée grâce à l’apport d’une autre vision des choses, et des connaissances pratiques des enjeux posés. La participation aux associations, sous cet angle, est un apport fondamental. Il faut naturellement aussi que cette contribution ne se transforme pas en un dogme absolu ou un intérêt qui prévaut sur tout le reste.
Pourriez-vous nous citer le nom d'une association dont l'action vous aurait marqué ? Pour quelles raisons ?
Je suis confronté quasiment chaque jour à l’action et à l’apport des associations. Je participe chaque semaine à certaines Assemblées générales d’associations familiales, de personnes handicapées de professions, de donneurs de sang. Beaucoup de membres m’écrivent aussi. Plus qu’une association en particulier, c’est la conviction et le dynamisme qui me marquent toujours à chaque fois. Lorsqu’on est membre actif d’une association, cela demande un effort. Donc on est nécessairement motivé, on croit à la cause ou à l’intérêt défendu et dès lors on est tenace. C’est sans doute avec la conviction, l’élément le plus marquant du milieu associatif : la ténacité.
Que pensez-vous du monde associatif ? Que peut-il apporter à notre société ?
L’apport des associations à la société est fondamental. A l’ère de la mondialisation, d’une vie professionnelle toujours plus accaparante, le milieu associatif offre la proximité et permet de tisser le lien social. C’est crucial. De nouvelles théories et pratiques politiques ont montré aussi l’apport de la société civile pour renouveler notre pratique démocratique autour de la promotion des débats publics et de la mise en œuvre de ce que l’on nomme aujourd’hui la « démocratie participative ». Beaucoup d’associations remplissent aussi une fonction sociale importante. J’essaie le mieux possible de relayer leurs demandes auprès des ministères concernés car bien souvent le problème principal demeure le financement, véritable « nerf de la guerre ».
Quels sont vos souhaits pour le monde associatif ?
Je crois qu’il faut que le monde associatif s’ouvre à l’international qu’il prenne aussi le train de la modernité technologique. De nouveaux outils sont disponibles. Alexis de Tocqueville il y a plus de cent-soixante-dix ans mettait en garde contre le repli social, l’apathie des individus repliés dans leur sphère privée personnelle, ce qui laisse le jeu libre à l’Etat léviathan. Le monde associatif doit continuer à nous préserver de ce risque inhérent au régime démocratique dans les sociétés développées.
Quel est votre avis sur la création du Numéro Vert «Associatif» ?
Cela me paraît bien évidemment une bonne chose. Le monde associatif est victime de son succès, il est aujourd’hui bien difficile de s’y retrouver. En même temps, l’Internet offre un accès plus facile aux demandes d’information des citoyens. Ce numéro vert en serait un complément très utile.
Les services du Numéro Vert « Associatif» seront gratuits pour les associations comme pour nos concitoyens et ce grâce à l'aide financière et technique de partenaires. Que pensez-vous d'une entreprise qui aiderait à la réalisation d'un tel projet ?
S’agissant des aides des entreprises à la mise en œuvre d’un tel dispositif, elles seraient les bienvenues. Bien que les objectifs soient bien distincts entre le milieu marchand et associatif (non marchand), les deux mondes se rencontrent immanquablement. Les entreprises sont aujourd’hui assez réceptives par la promotion de projets sociétaux. Le renouveau du mécénat en témoigne.
AHF - Octobre 2004

